Impacts du changement climatique sur les laves torrentielles et vulnérabilité du réseau


Irina Pavlova1, Daniel Brunstein1, Delphine Grancher1, Fred Leone2, Vincent Jomelli1
(1) CNRS/Laboratoire de Géographie Physique
(2) Université Montpellier 3, UMR GRED

De par le monde les zones de montagne sont affectées par de nombreux risques naturels notamment les laves torrentielles (LT) sortes de coulées de boues. Pour mieux comprendre les relations entre le climat et l'activité des laves torrentielles nous avons porté notre attention sur l'identification des paramètres météorologiques contrôlant l’activité de ce processus à l’échelle des Alpes françaises.

Une base de données comprenant plus de 500 événements de laves torrentielles a été constituée à partir de différentes sources notamment celles provenant du service de Restauration des Terrains de Montagne (RTM) pour trois départements des Alpes françaises –la Savoie, les Hautes-Alpes et les Alpes de Haute-Provence. Les données réanalysées Safran ont été utilisées pour caractériser les conditions climatiques dans notre région d’étude.

En utilisant une approche statistique multivariée de type logit nous avons cherché à identifier les paramètres climatiques pouvant rendre compte du déclenchement des laves torrentielles à l’échelle régionale. Les résultats montrent que les conditions climatiques responsables du déclenchement des laves dans le nord des Alpes françaises diffèrent de celles mises en évidence dans le sud. Dans le nord (département de la Savoie) les années au cours desquelles on observe de nombreuses laves sont liées aux précipitations de longue durée (prédiction correcte de 76%). Dans le sud (Hautes-Alpes et Alpes de Haute-Provence), cette forte activité dépend principalement de précipitations intenses liées à des étés chauds (prédiction correcte 83%).

Ces mêmes modèles statistiques reliant le déclenchement des laves au climat actuel ont été forcés par les scénarios climatiques pour le milieu et la fin du siècle issus de différents modèles (Aladin, LMDZ, MAR) à haute résolution (<12km). Les résultats varient selon le modèle choisi et le scénario. Dans le nord, l’activité augmenterait dès les années 2050 selon les scénarios d’Aladin mais diminuerait selon le modèle LMDZ. Cette tendance persisterait jusqu’en 2100. Dans le sud au contraire, tous les modèles et les scénarios montrent une augmentation significative de l’activité de laves dès 2050.

Parallèlement nous avons analysé la vulnérabilité du réseau liée à cet aléa. Une analyse des sources historiques fait ressortir 4 zones principalement impactées (la vallée de la Maurienne, le Briançonnais, la haute tarentaise et la Haute Ubaye). Une carte régionale d’indice de risque de coupure a été réalisée selon le taux d’endommagement et les valeurs fonctionnelle/d’usage de chaque tronçon impacté. Les conséquences socio-économiques liées à la coupure d’un ou de plusieurs tronçons routiers dans ces secteurs sont très importantes pour plusieurs raisons. Il s’agit d’axes routiers le plus souvent de 1er ordre (niveau national, autoroute) à forte valeur fonctionnelle (contournement difficile) qui permettent de desservir des grandes villes françaises et italiennes. De plus ils permettent l’accès aux principales stations de ski, véritable poumon économique régional (700 millions €/ an de chiffre d’affaire dont 47% en été).

Ces résultats sont illustrés ICI.

Date de dernière modification : Mon 12 Mar 2012 10:06:15.