Exploration de la prévision à échelle décennale

De la prévision saisonnière à la prévision décennale

La prévision saisonnière est une prévision de type climatique, c’est à dire qu’on prévoit le temps qu’il pourrait faire et non le temps qu’il va faire.

Les projections de scénario de changement climatiqte wont aussi des prévisions de type climatique, mais la différence est qu’elles ne seront jamais confrontées à la réalité (sauf par des historiens).

Entre ces deux produits, une autre exploitation des modèles de climat est en train de se développer, il s’agit des prévisions décennales. Comme pour les prévisions saisonnières, on prend en compte la condition initiale de l’océan et de l’atmosphère à l’instant de la prévision, ce qui n’est pas le cas des scénarios climatiques qui partent d’une situation pré-industrielle à l’équilibre. L’échelle visée est les 30 prochaines années, donc on peut espérer un confrontation avec la réalité, au moins pour la première décennie.

Par contre, il n’est pas envisageable de calculer des scores sur un nombre raisonnable de situations passées, indépendantes et homogènes, comme on peut le faire avec les prévisions saisonnières où on dispose des 40 dernières années pour tester le système, les 20 dernières étant à peu près homogènes en terme de qualité de l’état initial de l’océan.

A quoi vont servir ces prévisions ? Pas à planifier des décisions économiques à l’échelle d’un pays car la variabilité d’une année à l’autre est bien plus importante que la tendance sur 30 ans de l’accroissement de l’effet de serre. Il s’agit d’une prévision à l’échelle du globe, où on observe que la température moyenne annuelle (dominée par celle de l’océan) présente à la fois une tendance de fond et des fluctuations d’échelle décennale.

Des expériences numériques en mode « parfait » (le modèle cherche à prévoir son propre comportement malgré le chaos) ont montré une certaine prévisibilité de ce phénomène.

Pourquoi prédire la température moyenne du globe sur une décennie ?

L’observation du climat du 20ème siècle, tout comme les scénarios du GIEC pris individuellement, ont montré que le réchauffement ne se fait pas de manière strictement croissante. Des phases de refroidissement, notamment quand on descend à l’échelle de la zone Atlantique Nord ne sont pas à exclure.

Réussir à les prédire à l’avance (et non à les expliquer après-coup) est un défi pour asseoir la crédibilité des projections faites pour la fin du siècle à partir de nos modèles de climat. Il n’est pas imaginable de vouloir imposer au système économique des contraintes douloureuses pour réduire le réchauffement planétaire, et de se rendre compte dix ans plus tard qu’on vient de vivre une décennie plus froide que la précédente.

En terme d’adaptation au changement climatique, ces prévisions auront aussi l’intérêt de balayer un ensemble de possibles plus contraint, à cause de la prise en compte de l’état initial, que les scénarios classiques du GIEC. A l’échelle de la France, on pourra donner une fourchette allant du refroidissement faible au réchauffement modéré pour les prochaines décennies. En particulier on pourra savoir si les deux dernières décennies particulièrement chaudes sont en avance ou en retard sur le réchauffement séculaire de fond.